L'Hyperémotivité et l'Hypersensibilité



Qu’est-ce que l’hypersensibilité / hyperémotivité ?

L’hypersensibilité / hyperémotivité est un trouble de la perception des émotions, entraînant une réaction inadaptée et souvent excessive. L’hypersensible en souffre et fait souffrir son entourage du fait de ses comportements destructeurs. 🤯😱😭

L’hyperémotif a plus de difficultés à trouver un équilibre émotionnel. Il navigue toujours entre des émotions extrêmes qui l’envahissent et le laissent sans répit. Il ne s’agit pas seulement d’exprimer de façon excessive ce qu’il ressent, mais de ressentir une souffrance profonde. Cet état est bien souvent difficile à vivre pour la personne mais aussi pour son entourage.

L’hyperémotivité apparaît progressivement au cours de la vie. Elle peut être déclenchée par un choc émotionnel comme une perte d’emploi ou une rupture amoureuse. Tout le monde peut ainsi être concerné par l’hyperémotivité. 💔

En cas de doute sur l’hyperémotivité, il convient toujours de faire un bilan de santé auprès de son médecin traitant car certaines maladies comme les problèmes de thyroïde, peuvent mimer les symptômes. De plus, il ne faut pas confondre hyperémotivité avec le trouble bipolaire par exemple. 👩‍⚕️

I/ Manifestations de l’hypersensibilité / hyperémotivité

Usuellement, l’hypersensibilité psychique se manifeste sous les formes suivantes. Bien sûr, chaque item n’est pas systématiquement présent chez toutes les personnes hypersensibles ou hyperémotives. Il s’agit simplement d’un ensemble d’éléments qui se voient couramment dans le cadre de l’hypersensibilité:

  • Une réaction à des émotions qui ne font pas réagir les autres.
  • Un débordement émotionnel prenant le dessus sur toute logique.
  • Une durée ou une fréquence des émotions anormalement élevée.
  • Un attachement important à ses émotions passées et à son histoire personnelle.
  • Une forte impulsivité.
  • Une perturbation du fonctionnement habituel à chaque émotion.
  • Une peur du changement et de l’inconnu.
  • Un repli sur soi.
  • Des troubles anxieux comme des attaques de panique.
  • La sensation de toujours être sur le qui-vive.
  • Des difficultés relationnelles avec les autres.

L’hyperémotivité résulte d’une mauvaise compréhension entre l’environnement et le cerveau 🧠 ❤️. Lors d’une émotion, l’hyperémotif réagit de façon inadaptée, sur le plan psychologique, mais aussi physique :

Manifestations comportementales et physiques ⚠️⚡

  • impulsivité
  • difficulté face à l’inconnu
  • hypervigilance
  • intolérance à l’ennui: les personnes hypersensibles ne supportent pas l’ennui, l’inactivité ou la passivité
  • conséquences des précédents items: fatigue, insomnie
  • difficulté dans le lien à l’autre: soit pour le choix de l’interlocuteur, soit dans ce que la personne va choisir de lui confier.
  • incapacité à s’opposer, à s’affirmer ou inversement, explosivité émotionnelle
  • réticence à défendre ses droits ou inversement, explosivité émotionnelle
  • peur du conflit
  • tendance à être facilement intimidé par le ton, ou une attitude menaçante
  • fidélité en amitié
  • grande empathie: tendance à se mettre du côté du plus faible systématiquement
  • tendance à la dépendance affective
  • sur le plan sentimental: sensibilité accrue au regard du conjoint
  • incapacité à draguer ou à aller vers un inconnu ou à l’inverse, sur-exposition incontrôlée
  • grande souffrance lors des ruptures sentimentales, notamment le premier amour
  • hypersensibilité aux reproches et critiques
  • capacité à banaliser le suicide, comme une solution parmi d’autres, face aux émotions
  • grande conscience du temps qui passe, des actes manqués, des pertes
  • hypersensibilité aux changements y compris anodins (changer de voiture, déménager etc…)
  • attachement qui peut prendre beaucoup de temps, mais très robuste une fois installé
  • pleurs et montées émotionnelles fréquentes dans des situations chargées émotionnellement (films, spectacle, sport…)

Signes cognitifs 🧠⚡

  • faculté à mémoriser avec beaucoup d’acuité son propre vécu
  • tendance à détailler ses propres expériences
  • capacité à rire, pleurer, être anxieux avec une fréquence plus élevée que la moyenne
  • difficulté de mentalisation: problèmes pour donner une lecture structurée des processus psychiques, des émotions, des intentions de soi-même ou d’autrui
  • tendance à l’introspection
  • ruminations
  • mémorisation trop précise des émotions négatives et difficulté à les oublier ou passer à autre chose

Manifestations émotionnelles 💖⚡

Ces symptômes physiques peuvent devenir handicapant dans la vie quotidienne et engendrer un repli sur soi par peur d’affronter les autres. L’hyperémotif a ainsi plus de risques de souffrir de dépression ou d’addictions que les autres.

  • hyperréactivité à des stimulus qui ne font pas réagir la majorité des gens
  • débordement émotionnel face à des situations génératrices d’émotion (cas du Syndrome de Stendhal), y compris des émotions agréables.
  • inadaptation entre la qualité, l’intensité, la fréquence, ou la durée de l’émotion, d’une part, et la situation qui la génère: l’émotion peut être trop forte, durer trop longtemps où ne pas être adaptée à la situation.
  • tendance à amplifier les ressentis
  • fragilité face à toute difficulté ou dysfonctionnement imprévus
  • parfois attaques de panique

Hypersensibilité à des stimulus spécifiques 👂🔊

  • aux odeurs: hyperosmie,
  • aux sons: hyperacousie voire misophonie (phobie des sons) ou phonophobie
  • à la lumière: photophobie
  • aux ondes: probable, même si pas encore totalement prouvée. Cependant, la souffrance des personnes s’en plaignant doit être prise en compte

Ces hypersensibilités spécifiques sur des stimulus sensoriels doivent systématiquement faire suspecter une origine physique avant de s’orienter vers une cause psychique. Un médecin psychiatre doit forcément intervenir afin d’éliminer une cause somatique.

II/ Comment reconnaître l’hypersensibilité / hyperémotivité dans la vie de tous les jours?

Typiquement, la personne hypersensible vit une expérience bénigne… par exemple, une réprimande légère au travail. Cette expérience qui serait rapidement oubliée par d’autres est parfaitement perçue et amplifiée par la personne hypersensible. Là où d’autres auraient conçu une légère vexation et serait passée à autre chose, la personne hypersensible vit la chose très mal. Elle en souffre, mais chose importante, est généralement capable de se rendre compte de l’importance exagérée de son vécu émotionnel.

Par ailleurs, La personne hypersensible fuit souvent l’ennui qu’elle ne supporte pas.

Ce qui révèle l’hypersensibilité

Il peut s’agir d’une hypersensibilité à un stimulus (bruit, lumière…), à une situation, ou à une émotion.

Certaines situations mettent souvent à jour l’hypersensibilité. Par exemple, dans les relations interpersonnelles la personne hypersensible a du mal à analyser ses émotions et à contextualiser ou chercher l’intentionnalité. De plus, la prise de décision est compliquée. Par ailleurs, les personnes hypersensibles sont généralement très attentives et observatrices. Du coup, elle sont capables de détecter des stimulus qui passeraient inaperçus aux yeux du plus grand nombre… mais pas aux leurs. Ces stimulus peuvent, eux aussi, générer un vécu émotionnel disproportionné.

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IV/ Causes de l’hypersensibilité / hyperémotivité

Ce trouble trouve souvent son origine dans l’enfance ou l’adolescence, au moment de l’apprentissage de la gestion des émotions. Hormis un choc émotionnel, il n’existe pas toujours de causes clairement identifiables.

Chacun a bien sûr un certain degré d’émotivité, variable en fonction de son environnement et de son histoire personnelle.

Dans le cas d’une hyperémotivité, ce seuil est bien plus bas, déclenchant un mal être profond et des réactions inappropriées à chaque fois qu’une émotion apparaît.

Les diagnostics physiques les plus fréquents sont:

  • pathologies hormonales: dysthyroïdies, syndromes de Cushing, troubles touchant les hormones sexuelles
  • en particulier dans les hypersensibilités spécifiques, d’apparition brutale ou progressive: infections, causes neurologiques, épilepsie
  • démences
  • pathologies ORL (otites)

Précisons qu’une hypersensibilité révèle rarement de tels diagnostics. Mais la prudence s’impose et ils doivent être éliminés par un psychiatre avant d’intervenir sur le plan psychiatrique.

Les diagnostics psychiatriques les plus fréquents sont:

  • hypersensibilité simple, isolée, très fréquente
  • troubles anxieux
  • troubles de l’humeur (troubles bipolaires, dépression…)
  • PTSD (syndrome de stress post-traumatique)
  • TDAH
  • Haut Potentiel / Précocité

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V/ Comment traiter l’hypersensibilité / hyperémotivité?

L’hypersensibilité peut trouver sa source dans de nombreuses causes. Pour soigner l’hypersensibilité, il faut donc avant tout qu’un diagnostic soit posé par un médecin psychiatre. (voir ici les différences entre psychiatre ou psychologue). Il faut savoir que deux personnes hypersensibles peuvent présenter cette caractéristique pour des raisons totalement différentes. En effet, l’hypersensibilité n’est pas un diagnostic, c’est une caractéristique qui doit s’interpréter dans un cadre plus large, en tenant compte de la personne dans sa globalité.

Hypersensibilité et hyperémotivité : comment prendre en charge un hypersensible ?

1/ Diagnostic

Pour soigner l’hypersensibilité, il faut d’abord s’assurer que cette caractéristique ne s’intègre pas dans un diagnostic psy. Ainsi, il semble utile de ne soigner l’hypersensibilité que si cette dernière est mal vécue ou désagréable pour la personne hypersensible. Ce n’est d’ailleurs souvent pas une pathologie. Le psychiatre se charge de ce diagnostic.

2/ Traitement

L’hyperémotivité fait partie du fonctionnement psychologique et ne peut être traitée sans investissement dans un travail personnel seul ou avec un thérapeute. Apprendre à se connaître est la première étape du processus d’acceptation et de changement.

Pour apprendre à gérer son hyperémotivité, plusieurs approches sont possibles :

  • Apprendre à se relaxer par des techniques de respiration, de méditation, de sophrologie ou d’hypnose.
  • Connaître son corps à travers une activité physique, le yoga ou encore des étirements.
  • Tenir un journal de ses émotions, de ce qui les a déclenchées et de la façon dont elles se sont exprimées.
  • Accepter l’équilibre sans aller vers les extrêmes.
  • Se déculpabiliser et porter un regard bienveillant sur soi.
  • Se protéger des émotions des autres.
  • S’aider d’un thérapeute et effectuer sur une psychothérapie comme la TCC ou TIP ou la Pleine conscience.

Thérapie Interpersonnelle

– La Thérapie Interpersonnelle (TIP) est une thérapie de choix dans cette indication car elle permet de prendre en charge la dimension interpersonnelle qui est quasiment toujours liée aux problèmes d’hypersensibilité ou d’hyperémotivité.

Elle est par ailleurs très efficace dans la dépression, le trouble bipolaire ou le trouble de personnalité borderline.

Son principe est le suivant: aider la personne hypersensible à mentaliser ses émotions, ses intentions et celles d’autrui. En effet, une grande part du mécanisme de l’hypersensibilité dans les situations interpersonnelles réside dans la difficulté à attribuer à autrui des intentions correctes. Ainsi, les intentions de l’autre ne sont pas claires et souvent vécues d’une façon méfiante. Le patient vit le lien à l’autre comme hostile ou animé de mauvaises intentions. La TIP permet au patient hypersensible d’expérimenter des relations interpersonnelles apaisées en l’amenant à donner une lecture fiable des intentions de l’autre.

La TIP va également cibler les émotions en cherchant à aider exprimer ses émotions par des techniques dédiées comme la clarification émotionnelle.

Dans cette démarche, la  TIP va aider la personne à prioriser ses besoins et ses attentes, et identifier ses dysfonctionnements interpersonnels. De ce fait, le travail permet de soigner le défaut de mentalisation, (cause de l’hypersensibilité / hyperémotivité) donc de soigner l’hypersensibilité à la racine.

Thérapie cognitivo-comportementale (TCC)

– La Thérapie cognitive et comportementale (TCC) est également très efficace dans cette indication. Pour cela, le psychologue ou le psychiatre TCC aide le patient à rationaliser ce qu’il vit. Ainsi, le patient met le vécu à distance afin de ne pas laisser l’émotion le submerger.

Dans cette démarche, l’idée est de travailler les représentations mentales du patient, son interprétation de la situation et du contexte. En rediscutant ces interprétations inappropriées exagérées qui sont à l’origine de l’hypersensibilité / hyperémotivité, le psy TCC va soigner la cause de l’hypersensibilité / hyperémotivité. A cette fin, les techniques utilisées comprennent le questionnement socratique, la restructuration cognitive, par exemple.

MIndfullness / Pleine conscience

Cette psychothérapie n’a pas prouvé scientifiquement son efficacité, mais elle peut être utilisée comme un complément à une TCC ou une TIP

VI/ Complications de l’hypersensibilité / hyperémotivité émotionnelle

Les complications les plus fréquentes sont les suivantes:

En lien avec une tentative de « soigner » l’hypersensibilité / hyperémotivité:

  1. addictions, visant à apaiser l’hypersensibilité / hyperémotivité: drogues, alcool, cannabis…
  2. troubles du comportement alimentaire (boulimie, anorexie)
  3. troubles anxieux

En lien avec la difficulté à contrôler le comportement dicté par l’émotion exagérée:

  1. impulsivité
  2. impulsivité sexuelle
  3. complications sociales (licenciement, divorce…)

Et plus spécifiquement chez l’enfant


Comment savoir si mon enfant est hypersensible ?

L’ultrasensibilité chez l’enfant se traduit par les caractéristiques suivantes :

  • une vie intérieure riche et complexe, une imagination importante ;
  • le fait d’être profondément ému par les arts (un tableau, une musique…) ;
  • le fait de devenir maladroit lorsque l’on est observé ;
  • le fait d’être facilement bouleversé ou dépassé, par des émotions, des changements, des stimuli trop importants (lumière, sons, foule…) ;
  • le fait d’éprouver de la difficulté à effectuer plusieurs tâches à la fois ou à faire un choix ;
  • une grande capacité à écouter autrui, à saisir les subtilités d’une situation ou d’une personne.

Comment se manifeste une hypersensibilité chez l’enfant ?

Comme il existe plusieurs familles d’hypersensibilité chez l’enfant, celle-ci peut prendre différents aspects. Un enfant hautement sensible pourra par exemple être très en retrait, introverti, ou au contraire très démonstratif quant à ses émotions. En d’autres termes, il existe presque autant d’hypersensibilités que d’hypersensibles.

Cependant, les psychologues spécialistes de l’hypersensibilité de l’enfant sont parvenus à identifier certains comportements et traits de caractère des enfants hypersensibles pour aider à poser le “diagnostic”.

Dans son ouvrage “Mon enfant est hautement sensible”, le Dr Elaine Aron liste ainsi 17 affirmations, auxquelles les parents soupçonnant une hypersensibilité chez leur enfant doivent répondre “vrai” ou “faux”.

Un enfant hypersensible aura ainsi tendance à sursauter facilement, à ne pas apprécier les grosses surprises, à avoir un sens de l’humour et un vocabulaire assez fins pour son âge, à avoir une intuition assez développée, à se poser beaucoup de questions, à avoir du mal à faire un choix rapidement, à avoir besoin de temps calmes, à remarquer la souffrance physique ou émotionnelle d’une autre personne, à mieux réussir une tâche lorsque aucun inconnu n’est présent, à être très sensible à la douleur, à prendre les choses très à cœur ou encore à être gêné par les lieux bruyants et/ou très fréquentés, très éclairés.

Si l’on reconnaît son enfant dans toutes ces affirmations, il y a fort à parier que celui-ci est hypersensible. Mais, selon le Dr Aron, il se peut qu’une ou deux affirmations seulement s’appliquent à un enfant mais qu’elles soient très significatives, et que cet enfant soit hautement sensible.

Chez un bébé, une hypersensibilité sera surtout visible par sa réaction au bruit, à la lumière, à l’anxiété parentale, à des tissus sur sa peau ou à la température du bain.

Comment soutenir et aider un enfant hypersensible ?

Tout d’abord, il est crucial de rappeler que “l’ultrasensibilité est constitutive chez le tout-petit”. Elle concerne tous les nourrissons et tous les enfants jusqu’à 7 ans ou plus, alors qu’elle devient existentielle, ou “réactionnelle” après.

Plutôt que de réprimander un enfant hypersensible, ou de l’inviter à dissimuler cette haute sensibilité, ce qui ne fera que l’isoler davantage, il est vivement recommandé d’aider l’enfant à apprivoiser et à maîtriser cette particularité.

On pourra par exemple :

  • inviter l’enfant à décrire ses émotions avec des mots ou des jeux ludiques,
  • respecter son besoin de temps calme après une activité bruyante ou en groupe, en lui évitant les surstimulations inutiles (exemple : les courses après une longue journée d’école…),
  • parler de sa sensibilité émotionnelle et de son hypersensibilité par des termes élogieux plutôt que négatifs, en lui rappelant les qualités de ce trait (par exemple son sens du détail et de l’observation),
  • lui expliquer qu’il peut faire de cette particularité une force,
  • l’aider à identifier son point de rupture émotionnelle et à en parler pour l’éviter à l’avenir,
  • l’aider à faire face aux changements avec le plus de sérénité possible…

Il est en revanche déconseillé de comparer un enfant hypersensible à un autre qui ne l’est pas, par exemple dans une même fratrie, et ce même s’il s’agit d’une taquinerie, car cette comparaison n’a pas lieu d’être et pourrait être très mal vécue par l’enfant.

En bref, le mot d’ordre concernant l’éducation d’un enfant hypersensible est sans doute la bienveillance. L’éducation positive et la philosophie Montessori peuvent être d’un grand recours pour l’enfant ultrasensible.

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